Les Petites Formes à Montfavet,
une bulle créative dans la folie festivalière

Et si on organisait un festival dédié aux Petites Formes ?

Juillet est le mois des Festivals et Avignon ne déroge pas à la règle. Qui ne connait pas le(s) Festival(s) d’Avignon ? Le IN, le OFF, le IF et beaucoup d’autres événements qui se déroulent en centre-ville lors de ce mois d’été. Esperluette sera présent pour y réaliser des interviews d’artistes mais pour cette rencontre c’est extramuros que je vous emmène, dans le quartier avignonnais de Montfavet (à 15 min du centre ville).

C’est là que Vincent Clergironnet et toute l’équipe de l’association Les Petites Formes ont décidé de créer un Festival dédié aux créations théâtrales et artistiques brèves. Un pari fou, vu le mastodonte qu’est le festival et la difficulté à faire sortir les festivaliers du centre ville, qui a été relevé avec brio depuis 3 ans. En effet, le festival attire chaque année plus de spectateurs en recherche d’autres expériences théâtrales et d’une petite bulle bucolique dans la folie festivalière.


L’Esperluette de Vincent : « Les Lettres de mon moulin » d’Alphonse Daudet, parfait pour vos lectures estivales ou à venir écouter dans la caravane de Vincent lors des Petites Formes.


Pour suivre et ne rien manquer de cet événement à part entière : 

Le site internet des Petites Formes : http://www.lespetitesformes.com/

La page Facebook : https://www.facebook.com/Les-petites-formes-611336935708302/

Cette année il se déroule du 11 au 14 juillet 2019.


Petit flashback, en 2015, je prenais mon 1er micro sur un plateau de TV et je découvrais l’univers de Vincent Clergironnet et la Compagnie Demain Il Fera Jour avec Madame K. A voir dans cet extrait de l’émission du Festival OFF 2015.

Une grande pensée pour Laurent Troude qui a filmé ces magnifiques images avec son regard de photographe, qui a fait que ce reportage a ce petit plus inoubliable.


Si vous souhaitez rester dans la thématique du festival, je vous propose d’écouter le tout premier épisode d’Esperluette sur Jerlock et sa BD « Mon Festival en 5 actes ».

Pendant tout le mois de juillet, Esperluette partira à la rencontre des festivaliers pour vous conseiller des spectacles et événements coups de cœur.

Entre deux interviews, pensez à mettre 5 étoiles si vous écoutez Esperluette sur Itunes , apple podcast, ou votre appli de podcast préférée ça m’aide énormément.

Vous pouvez suivre Esperluette sur Facebook, Instagram, Twitter et LinkedIn.
À une prochaine, je l’espère-luette évidemment 🙂

Propos recueillis par Marie-Cécile Drécourt


Pour partager l’épisode sur Pinterest, utilisez le visuel ci-dessous : 

vincent clergironnet le festival des petites formes

Pour les malentendants, une version sous-titrée de l’interview de Vincent est disponible sur la chaîne Youtube Esperluette Podcast

Vous pouvez également lire l’interview ici dans son intégralité : 

Marie-Cécile Drécourt : « Et si on organisait, en juillet, un festival dédié aux petites formes ? Pour en parler je vous emmène à Montfavet, un quartier d’Avignon en extra-muros, à la rencontre de Vincent Clergironnet,
comédien, auteur, metteur en scène et créateur de la Compagnie Demain il fera jour. Avignonnais d’origine, il découvre pourtant le théâtre tardivement à Montpellier. Après plusieurs années à tourner et participer  au festival avec ses créations, il se laisse convaincre de se lancer avec une équipe de bénévoles dans l’organisation d’un festival hors les murs d’Avignon pendant le mois de juillet dédié aux créations artistiques et théâtrales qu’on appelle les petites formes.

Il nous parle de son parcours, de la création de ce festival et de la place des compagnies de théâtre dans la vie de
leur territoire. Il explique également les particularités de ce festival des petites formes, véritable bulle bucolique dans la folie festivalière. Bonne écoute et bon festival ! « 

Vincent :  » Je suis Vincent Clergironnet, je suis comédien, on dit… J’écris des textes aussi, je fais des spectacles… enfin je fais du théâtre, c’est comme ça que je préfère dire. Et puis voilà, j’ai une compagnie de théâtre qui s’appelle la Compagnie Demain il fera jour. Je suis originaire de Montfavet. Enfin je suis originaire d’Avignon et j’ai grandi à Montfavet, ce qui donne effectivement une bonne prédisposition pour y faire des choses à Avignon et à Montfavet, surtout quand on fait du théâtre. Jai fait le festival avec ma compagnie, avec mes spectacles
depuis 2009 tous les ans jusqu’à cette année. Donc ça fait 10 festivals d’Avignon, dans plusieurs lieux du festival. Et puis j’ai vécu beaucoup de choses au Festival d’Avignon.J’ai vécu des moments où ça marche fort, des moments où ça marche un petit peu moins, des moments difficiles, je crois que… J’ai connu des salles qui sont particulièrement
accueillantes, d’autres qui le sont parfois un peu moins. Voilà je crois que je connais un peu … en tout cas un bout du Festival d’Avignon. Ca fait partie de mon bagage et en plus le Festival d’Avignon compte dans le développement de
la compagnie. Dès que j’ai créé la compagnie, puisque la compagnie est basée en Champagne Ardenne, plutôt que de rester en Champagne Ardenne j’ai dit on va directement à Avignon. Le premier spectacle on l’a amené à Avignon puisqu’il y avait cette ambition d’être là, de faire heu… Je suis parti quand même dans l’idée de faire de faire ce qu’on fait à Avignon c’est-à-dire se faire voir quoi. D’avoir un petit succès et puis ça a plutôt eu lieu puisqu’il a des spectacles qui ont bien marché à Avignon. Premier spectacle, ça s’appelait ‘Demain il fera jour’ du nom de la compagnie. C’était monté en diptyque avec un autre spectacle qui s’appelait ‘Maintenant’. Voilà puis après il y a eu ‘Madame K’ et d’autres spectacles aussi. Tous les spectacles de la compagnie ont quasiment joué a Avignon. 

J’ai des racines dans le Vaucluse. Curieusement, je ne découvre pas le théâtre à Avignon. Je crois avoir peut-être heu.. une fois mis les pieds dans mon enfance au Festival d’Avignon donc c’est un peu paradoxal. Et je pars à Montpellier faire des études de lettres et quand je reviens le week-end, je m’aperçois qu’il y a un festival à Avignon. Et du coup je
découvre le festival très tard en fait, quand j’ai 20 ans. J’ai fait un atelier théâtre, pour être plus précis, dans lequel on était … C’était un atelier amateurs à Montpellier, le mardi soir. Et puis avec un metteur en scène qui a suscité un engouement chez un peu nombre de … de jeunes gens. On était cinq ou six à se demander est-ce qu’on va devenir pro ?

Donc il y a eu une première année comme ça où on était un peu entre deux eaux. Mais moi j’étais, je sortais d’un cursus scolaire, j’avais fait les classes prépa lettres, un peu intensif et j’ai eu un espèce de coup de cœur un endroit dans lequel je me sentais vivant, dans lequel l’intello que j’étais alors, puisque je faisais philo, se sentait tout à coup un corps, se sentait plus incarné, se sentait plus vivant, plus vibrant et du coup j’ai tout de suite dit ben j’arrête tout, je fais ça, voilà ! J’allais dans un garage à Montpellier, j’avais appris des tirades de Richard III. 
J’avias mis un projecteur et je récitais des tirades de Richard III. Je travaillais selon moi (rires). J’avais arrêté complètement la fac et puis après très vite avec quelques copains on a monté un truc et puis ça s’est fait un peu sur le tas ouais. Je commence dans une compagnie qui s’appelait la compagnie Katcina, dans laquelle j’ai travaillé pendant quatre ans. Je fais notamment un spectacle de rue qui a tourné pendant deux ans et qui s’appelait ‘L’orchestre Biharmonique’ et qui a sillonnait la France pendant deux ans sur les marchés, dans la rue puis dans les
bars puis dans les cafés-théâtres, les festivals de théâtre. On a comme ça une partie vraiment de la base, base mais c’était un peu une envie je crois profonde chez moi de dire qu’on va faire du théâtre mais on va aller chercher les gens là où ils sont, dans la rue, en essayant d’avoir une démarche un peu pure, un peu authentique. Et pus je pense qu’il y a un imaginaire quand on veut faire du théâtre,l’imaginaire de la troupe, de l’itinérance, etc qui me parlait fort et qui continue de me parler d’ailleurs. Donc l’aventure théâtrale pour moi elle part de là. Et puis après j’ai travaillé beaucoup
dans des collectifs, j’ai vécu 12 ans on va dire d’aventure collective en identifiant beaucoup mon souhait de théâtre avec le souhait de troupe, un souhait de d’aventure collective. Jusqu’au moment où je m’aperçois que le collectif c’est bien mais parfois on se cache un peu derrière, quand on a des envies très personnelles, quand on écrit un
peu, quand on a envie de dire des choses. Il faut faire attention de ne pas se cacher derrière le collectif ou de ne pas rester toujours dans l’ombre. Alors du coup j’ai décidé de créer il y a douze ans maintenant la Compagnie Demain il fera jour. Comme j’avais très envie de jouer je me suis écrit des textes. Ca a donné le premier spectacle ‘Demain il fera jour’. J’arrive pas à savoir si c’était du courage, de l’inconscience, de l’insolence, de la prétention… C’était sans doute un peu tout ça à la fois mais en même temps je ne regrette pas parce que ça ressemble à ….
Il y avait quelque chose que je pense j’ai gardé dans l’objectif de faire du théâtre pour vivre quelque chose, pour vivre une passion et pour faire sans attendre. Moi j’avais le sentiment d’attendre depuis longtemps dans l’enfance, à
l’école, en attend, on attend la suite, on attend qu’il arrive quelque chose et puis là tout d’un coup je prenais en main les choses et je disais bah moi je fais, je monte un spectacle, je vais dans la vie et je vais le jouer ! Et je crois que
c’est quelque chose qui me plaît ça. En plus les lettres, la philo, tout ça c’est un monde où on est un peu en retrait du monde, on regarde un peu les choses on est un peu extérieur et c’est une posture qui très agréable et très très chouette mais parfois c’est une posture qu’on peut se reprocher un peu quand on est comme je l’étais, comme je le suis encore, un introverti. On peut se reprocher de ne pas être agissant quoi, de ne pas être acteur du monde. Pour moi le théâtre c’était la passerelle idéale entre le monde des idées et le monde de l’incarnation, et le monde où on va rendre les idées visibles. 

Le Festival des Petites Formes c’est vraiment, je pense, une rencontre de plein de choses. Alors l’idée c’est depuis dix ans j’ai la chance d’avoir des parents qui m’aident au Festival d’Avignon à démonter les décors, tenir la billetterie, etc.
J’ai la chance d’être un peu d’ici et du coup d’avoir un peu des gens qui viennent voir mon travail. Et à force,
commençait à courir un bruit à Montfavet, qui venait un peu de mon père, un peu d’autres gens aussi : si on faisait aussi quelque chose à Montfavet, nous ? Donc des habitants, des présidents d’associations, des individus comme ça mais aussi des élus locaux, se posaient ces questions-là. Et moi je traînais un petit peu les pieds parce que je sentais l’aventure un peu périlleuse, de faire sortir les gens de l’intra-muros pour aller jusqu’à Montfavet pour le quidam normal c’est pas grand chose, dix minutes en voiture, mais pour un festivalier c’est parfois la traversée du désert. Montfavet c’est un quartier d’Avignon, c’est un gros quartier d’Avignon dans lequel il y a le célèbre hôpital psychiatrique qui a enfermé Camille Claudel, l’aéroport… enfin il y a des tas de choses à Montfavet. Il y a un petit côté village. Mais en même temps ça fait partie d’Avignon. Il m’a toujours semblé qu’on pouvait tisser plus de liens encore
entre ce qui se passe au moment du Festival et ce qui se passe sur un territoire. Il y a énormément de compagnies qui sont vraiment engagées sur ces territoires dans ce qu’on appelle la démocratisation de l’accès à la culture et il y a beaucoup de compagnies sont même militantes sur ces trucs là. Et puis tout d’un coup on arrive à Avignon et on nous
explique, où on se laisse expliquer que maintenant … bon les valeurs, tout ça c’est bien mais faut quand même vendre son spectacle, il faut quand même faire un peu de com, il faut quand même…

Voilà c’est un peu inconfortable pour beaucoup d’artistes alors je crache pas dessus parce que j’ai fait le Festival d’Avignon donc je sais qu’il y a plein d’aspects qui sont chouettes. Mais un des aspects qui parfois est un peu
terrible c’est qu’on se retrouve euh …si on veut faire un gros résumé on a l’impression d’être un peu dans du libéralisme voire dans de l’ultralibéralisme. Donc quand la question s’est posée de faire quelque chose à Montfavet. Pour moi une des premières conditions c’était de dire on va le faire mais on va réinventer une manière de faire Avignon. On ne va pas demander de l’argent à des compagnies, on ne va pas essayer de tirer un profit financier de cette affaire là. On va essayer de faire déjà avec les gens du coin puisqu’on va tisser un lien avec le territoire. Le lien il existe, un peu de par mon histoire mais on va le faire aussi parce qu’en général les compagnies elles ont ce savoir-faire de tisser des liens avec un territoire, donc autant faire ce qu’on fait ailleurs, autant le faire aussi ici. Et puis on va faire ce que très souvent on arrive à faire nous les artistes : travailler sur des mutualisations de moyens, sur de la solidarité, de l’entraide. sur le fait de se dire que bah non on n’est pas concurrent puisqu’on a des propositions différentes. Pour moi une des premières choses c’était de se dire : si on fait quelque chose à Montfavet, on va le faire en lien avec le territoire et avec une éthique dans l’accueil des compagnies. Ensuite il fallait trouver une idée parce qu’on sait que maintenant pour faire sortir les gens de l’intra-muros, il fallait que nous, à Montfavet, on ait une espèce d’identité artistique.

A l’époque je travaillais avec un scénographe qu’ils faisait des installations dans des voitures, des vieilles bagnoles. Il a une compagnie qui s’appelle Rue de la casse, il s’appelle Valentin Monnin. Il fait partie des compagnies qui ont vraiment fondé avec nous le Festival. C’est ce qu’on appelle des entresorts c’est-à-dire des petits spectacles qui durent 10 minutes. On rentre dans un espace atypique : une voiture, une caravane,  une yourte, une installation complètement
inventée. On vit une expérience artistique et on ressort. On est entre et on sort. Et ce format là il m’est apparu, il nous est apparu complètement raccord avec ce qu’on voulait faire c’est-à-dire avoir une démarche aussi où on allait pouvoir jouer sur le fait d’interpeller le public, dire là il y a quelque chose d’atypique, de vraiment curieux, de jamais vu. Et du coup on va susciter, vraiment on va travailler sur la curiosité, pas sur le fait de dire aux gens venez au théâtre, vous allez voir le théâtre c’est pas si mal que ça, etc… mais non là il y a un truc étonnant. Vraiment le maître mot c’est la curiosité.

Alors le lieu il nous a été un peu soufflé, c’est le Parc Seguin. Il a de belles caractéristiques c’est un parc ombragé,
un peu à l’abri, à dimension humaine. C’est pas un parc immense mais on peut réunir quand même un certain nombre de caravanes enfin voilà… On y réunit entre vingt et trente propositions chaque année donc c’est ça permet quand même de faire quelque chose d’assez ample et puis en même temps il y a est un espace intérieur , il y a une
salle dans laquelle on arrive nous à faire une boîte noire. Du coup il y a aussi des spectacles en salle qui sont aussi des formes brèves : des spectacles de moins de 45 minutes. C’est un cadre assez bucolique, assez sympa. On peut s’asseoir à la buvette, prendre un verre. On peut lâcher les enfants, il n’y a pas de cohue, c’est un endroit au calme. Et ça nous semblait complètement indiqué puis raccord avec l’histoire de Montfavet puisque Montfavet c’est historiquement là où il y avait les fermes. C’est là où il y a les foins encore aujourd’hui donc se mettre au vert à Montfavet c’est raccord
avec l’histoire du territoire. Alors si on se décide à quitter l’intra-muros pour aller se mettre au vert, et bien en réalité on a essayé de faire les choses le plus simplement possible. On peut prendre une navette gratuite Porte Thiers. On a des petites navettes conduites par les bénévoles. On a 50 bénévoles dans l’association qui œuvrent vraiment à plein de choses : l’accueil du public, la conduite des navettes et encore des tas de choses. On prend une petite navette, en dix minutes on y est déposé.
On est accueilli. A l’entrée, on achète des jetons, c’est comme à la foire ou aux manèges. On achète des jetons et chaque jeton coûte 3 euros et il y a des spectacles qui coûtent un jeton donc 3 euros, d’autres spectacles qui coûtent deux jetons, donc 6 euros. Et muni de sa petite bourse de jetons, puisqu’on vous donne une petite poche en tissu dans laquelle vous avez vos jetons et ensuite chacun va au gré de sa fantaisie dépenser ses jetons. Donc il y a un côté vraiment heu … se laisser inspirer par ce qui se passe sur place. Tiens cette caravane, cette installation m’invite, je vais donner un jeton puis je vais aller vivre quelque chose. Depuis l’origine on mise sur le fait de faire quelque chose qui soit raccord avec quelques impératifs écologiques donc on a les toilettes sèches, la buvette bio avec des produits locaux, etc… On a quelque chose qui est une expérience, un peu en dehors d’Avignon, un endroit de calme. Comme c’est des petits spectacles on peut en voir 3, 4, on peut passer deux heures ou plus, à Montfavet pour pas trop cher, enfin je crois. Il y a des choses pour les tout-petits dès six mois cette année. Il y a des choses pour les plus grands, des choses pour toute la famille et il y a aussi des choses pour les adultes. La Compagnie des SoupirsHaché(E)s qui sera là pour la deuxième année, nous invite sous des grands voilages, à l’abri des arbres, dans un tête à tête avec un comédien ou une comédienne qui vous fait une déclaration d’amour en tête à tête. C’est une expérience à vivre pour les adultes. Et Les Rustines de l’Ange va accueillir 25 bambins entre 1 et 5 ans dans une grande caravane. C’est une grande caravane pour tout-petits et le spectacle s’appelle plume. C’est une autre atmosphère, une atmosphère de cocon pour les tout-petits. Ou encore la Compagnie Histoire De qui accueille des enfants dans une bouche.  C’est une grande structure, le spectacle s’appelle « Dans la bouche » et c’est une grande structure en toile de parachute. Ils font rentrer
les enfants dans cette bouche et là il y a de la magie nouvelle, des effets. On peut avoir des expériences de toutes sortes et pour tous les âges. C’est un peu comme une journée de vacances quand s’offrirait au vert à Montfavet. J’aime bien l’idée qu’on arrive, on se pose on regarde ce qui se passe autour et on se dit : « tiens ça, ça m’attire, allez hop j’y vais ! » Il ya plusieurs séances dans la journée. En général les spectacles jouent 2, 3 fois. Les entresorts jouent sur des plages horaires de 15 heures à 17 heures puis de 18 heures à 20 heures donc on a du temps pour venir voir ou revoir des choses. J’aime bien l’idée d’un temps de respiration, voir un temps de respiration profonde mais ça c’est
parce que je suis un peu grandiloquent !


L’aventure au bout de quatre ans elle est enthousiasmante parce que chaque année on vit quelque chose sur le plan humain et artistique de vraiment chouette. On a créé , je pense, un accueil des artistes qui est vraiment… qui ressemble aux artistes qu’on accueille. On a créé un camping sur le stade de foot de Montfavet, une cantine qui cette année
sera gratuite pour les artistes. On partage toutes les recettes. Donc on a des frais fixes du Festival, mais une fois que les recettes sont comptabilisées, on partage à raison de une part par artiste. Donc une compagnie qui vient avec trois artistes, elle a 3 parts. Peu importe si j’ai eu 150 personnes ou si j’ai deux personnes parce que j’ai un spectacle dans lequel j’accueille une personne à la fois. Donc l’idée c’est vraiment de jouer collectif et de se dire on se réunit tous et on va être plus forts parce qu’on est ensemble. Et en fait ça marche. Ca convient à tout le monde, ça convient au public, ça convient aux artistes, ça convient aux bénévoles parce qu’en fait on est tous ensemble et que du coup on vit un truc ensemble.

La grande satisfaction elle est de vivre quelque chose dans lequel, au niveau des valeurs et au niveau de ce qu’on vit au présent dans ce festival on s’y retrouve complètement. Puisqu’on est sur un territoire en plus, on a un soutien local qui est vraiment chouette. Ce sont des aventures qu’on propose et qui vraiment tissent du lien. Ca c’est des points très forts aussi. Il faut le dire aussi on rencontre une écoute, un accueil des institutions, du conseil départemental qui nous soutient depuis deux ans, de la Mairie d’Avignon qui suit le projet depuis le début, beaucoup grâce à André Castelli et les élus locaux de Montfavet qui ont été à nos côtés depuis le début 
parce qu’ils ont envie qu’il se passe quelque chose à Montfavet, qui l’ont défendu aussi au sein d’Avignon. Il y a un soutien de la Mairie d’Avignon faut le dire. Il y a un œil bienveillant et une aide financière. En fait il y a un espèce de succès d’estime parce que l’entreprise elle est louable, je pense qu’elle est sincère et il y a une forme d’innocence au sens noble du terme : c’est-à-dire on sait pas si c’est possible mais on y va et au final sur les trois dernières éditions tout le monde s’y retrouve. Bon, après on sait que on est à côté d’un… c’est pas David contre Goliath, d’ailleurs c’est pas contre, mais c’est David à côté de Goliath. On n’est pas un David on n’est plus la moitié des trois quarts d’un David.

Jusqu’ici on a un peu de fréquentation, on n’a pas une affluence folle. En même temps ça ne fait que trois ans mais 
c’est vrai qu’on rencontre des difficultés à faire sortir les gens d’Avignon. En même temps on se dit que peut-être on est l’avenir du Festival d’Avignon puisque ce festival à un moment l’intra-muros va être engorgé à force d’augmentation. Il va falloir trouver des solutions à l’extérieur. Peut-être on est un peu en avance sur notre temps !

D’abord il y a une base saine et maintenant on est au stade où il faut qu’on se glisse à un autre niveau. Il faut que la fréquentation augmente. Alors nous on tend un peu le dos des fois, on se dit oh là là désolé il n’y a pas trop de monde mais non … Moi j’ai été frappé l’année dernière par le fait heu… la capacité des artistes à croire en quelque chose qui est en devenir. C’est assez rare en fait. Sans doute parce qu’on est habitué à créer des choses à faire avec peu. Il y a beaucoup d’artistes qui savent voir et se dire artistes des trois premières éditions ont accepté de jouer ce jeu-là. C’est
très beau et très émouvant aussi. Et puis il y a des choses que cette année enfin parce qu’on est assez grand, on arrive à mettre en place donc par exemple on a une soirée inaugurale donc Les Petites Formes c’est du 11 au 14 juillet 2019. On va poser sur la Place de l’église de Montfavet dix jours avant une grande caisse de 2 mètres par 2 mètres. Un cube avec une invitation à l’ouverture de la caisse le 10 juillet à 18h30, à l’occasion de l’inauguration du Festival des Petites Formes, nous ouvrirons la caisse. Et à suivre la Compagnie Rue de la Casse viendra jouer sur la place de l’église de Montfavet, un spectacle qui s’appelle le ballet des architectes et qui met en scène trois danseurs et danseuses qui
sont en mouvement avec des grandes lampes d’architecte de trois mètres de haut et qui sont articulés de façon autonome. C’est un grand spectacle avec un visuel fort qui j’espère permettra, surtout aux montfavetins, aux locaux, de venir se réunir autour d’un spectacle qui a vraiment de la gueule quoi.Et puis on voit qu’il y a des compagnies … on a des demandes de compagnie parfois de renommée internationale qui veulent venir à Montfavet. On a des compagnies qui ont de la tenue parce que aussi l’idée c’est d’être le lieu où l’on peut voir des petites formes. Il y a une ambition artistique d’avoir des vraies propositions, des choses vraiment chouettes.

Il y a eu plein de moments de doutes surtout sur les trois premières années, je pense, il y a eu des moments où on a tous les doutes : est-ce qu’on déplace la date, est-ce qu’on continue, puisque la question s’est posée aussi parce que c’est beaucoup d’énergie tout ça et est-ce que voilà, est-ce qu’on fait plus long, plus court, plus en soirée plus … Alors je pense que, avec l’équipe, on a perçu que toutes ces questions étaient intéressantes mais qu’elle émanaient sans doute de notre peur que ça ne marche pas et que du coup on avait le choix entre écouter la peur et changer,
essayer de…ou se dire OK on a eu une idée, on va au bout. Et le projet était vraiment de faire quelque chose, au départ, l’idée initiale c’était de faire quelque chose à Montfavet pendant le Festival d’Avignon. C’était l’envie aussi des habitants de Montfavet. Il se passe des choses à Avignon, et pourquoi il ne se passerait pas aussi quelque chose chez nous dont nous pourrions être fiers. Donc on a répondu à cette question, donc après vouloir dire ah finalement on change, on va le faire plutôt aux beaux jours en mai-juin etc… Mais on ne pourrait pas accueillir 25 spectacles parce qu’on est aussi, il faut être très franc, on essaye de bien accueillir les compagnies etc. Mais on ne leur donne pas d’argent, on n’achète pas des spectacles, si nous voulions les faire venir en mai ou en juin, il faudrait acheter leur spectacle, ce serait un budget énorme. Donc là on profite aussi du fait qu’il y a un enjeu pour les compagnies à venir
en bordure du Festival d’Avignon pour travailler sur la visibilité de leur spectacle parce qu’on fait que ça aussi. Evidemment je n’ai pas peut-être pas précisé mais on fait ça, c’est important, pour pouvoir avoir un événement qui est un événement d’ampleur. Après, toutes ces questions ont aussi fait naître des envies qui je pense vont se développer
dans les années à venir. C’est-à-dire que pour moi, pour nous, l’idée c’est que il y a un temps fort qui est pendant le Festival d’Avignon, qui s’appelle Les Petites Formes de Montfavet et autour de ce temps fort on va pouvoir construire des actions qui auront lieu en amont, peut-être une programmation de une ou deux formes dans l’année. Là encore on va déployer à partir de là notre implantation sur le territoire et on espère la faire grandir. On a déjà commencé à le faire puisqu’on travaille déjà avec les écoles de Montfavet, avec le centre social, enfin il y avait déjà eu des propositions de spectacles dans les écoles en amont du festival. Il y a déjà des choses comme ça. On espère comme ça, être
pleinement un acteur culturel local et qu’on se dise Les Petites Formes c’est à Montfavet que ça se passe.

Je pense que le théâtre c’est une expérience mais pour moi il faut soigner tous les paramètres de cette expérience et tous les paramètres c’est comment on accueille les gens, qu’est ce qui se vit en dehors de ce qu’on voit au théâtre, dans les coulisses, dans l’arrière-plan, quelles valeurs président à l’expérience qu’ont fait vivre aux gens. Tout ça en fait charge l’expérience de quelque chose, parce qu’il ne s’agit pas de faire faire une expérience pour faire une expérience. Mais il s’agit de se dire quels ingrédients on va pouvoir mettre là pour que … (soupirs) En fait, pour moi, … je raconte ma vie mais c’est pas grave, c’est juste pour moi éclairant… Quand j’étais enfant, j’ai une grand-mère qui était conteuse et elle faisait la cuisine aussi. On se faisait des grandes tablées, on était 25, elle avait préparé à manger pour tout le monde, etc… Et puis c’est comme dans tous les repas de famille on discute et puis il y avait souvent un moment où ma grand-mère, à la fin du repas, prenait la parole et il y avait un silence qui se faisait. Elle racontait un truc ou elle récitait un texte, ou elle racontait une anecdote ou une histoire … Et pour moi je ressentais que de l’ordinaire, elle nous élevait ailleurs en fait. Et pour moi c’est le modèle c’est-à-dire il y a du théâtre lorsqu’on sent que là tous ensemble on est en train de se sentir aspiré à quelque chose d’un peu plus élevé, d’un peu plus grand que nous quoi, et je pense que c’est ça que je cherche et que et que du coup bon bah quelle que soit la forme, que ce soit une petite forme, une grande forme, Madame K, d’autres spectacles, la mise en place d’un festival, je crois vraiment que ce qui me donne une récompense intérieurement, qui me comble, qui me rend heureux, c’est de sentir ce moment où on se dit OK là ça y
est on est ensemble, on a fait un truc ensemble et on s’est un peu grandi. On a fait notre notre oeuvre d’humain.

Alors en fait en ce moment, je reviens aux Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet. C’est un truc qui a bercé mon
enfance, qui m’a donné aussi le goût des histoires.Et je redécouvre, mais c’est des textes que je connais, que je connais
bien mais je me suis replongé dedans je les ai réappris puisque je me suis dit : « mais pourquoi ne pas partager ça, c’est tellement beau ! » Je me rends compte qu’effectivement on a eu tendance avec Daudet à mettre du folklore provençal un peu autour de cette affaire de moulin, de chèvre, de Monsieur Seguin mais en fait c’est très, très profond. Il y a beaucoup de profondeur. Il nous parle du rapport … La chèvre de Monsieur Seguin pour moi c’est une espèce de tragédie en fait. C’est vraiment une tragédie presque théâtrale. C’est tout notre rapport à la liberté ou pas… que choisir … Il a tout un rapport au temps, à la fin des choses, à l’éternité et en fait c’est poignant. Et puis ça me relie effectivement à la Provence, à ma grand-mère, à ce que j’ai envie de partager avec les gens. Voilà c’est une re-découvert… ou re re re re découverte mais qui est vraiment heu … voilà que je sens riche quoi, qui est très intéressante et très inspirante. et très …voilà dans mon coeur vraiment chouette quoi !

Je ne me l’étais pas dit au départ, ce n’était pas dans mon intention au départ mais je me rends compte que on est dans un moment où aujourd’hui chacun a son siteinternet privilégié, chacun a sa chaîne de télévision privilégiée, ou sa radio privilégiée…on a tous heu… en fait on est dans une société qui est très fragmentée. Dans certains quartiers on n’écoute pas la même musique que dans d’autres, on ne fréquente pas les mêmes lieux de culture etc et je me dis qu’en revenant à des textes, qui sont des textes racines comme ça et vraiment populaire, et ancrés dans les mémoires et ben peut-être c’est une façon de contribuer à ce que on continue de cultiver des identités différentes etc … Il n’y a pas de souci avec ça mais qu’on se sente aussi une appartenance à quelque chose, à des choses qu’on a en commun quoi. Je tiens beaucoup au fait qu’on ait des choses en commun, ouais c’est quelque chose qui me tient à cœur, que j’ai envie de rappeler, souvent. C’est très paradoxal parce qu’on est, je pense… plus j’avance, plus je me dis : on
est très très différents. Il y a des modèles de cerveaux, des modèles humains tellement différents que on ne peut pas imaginer ce que vit l’autre et en même temps il faut aussi se créer des zones d’appartenances communes quoi. Il
faut aussi se donner des endroits où on se retrouve avec les différences qui sont respectées mais aussi des endroits communs. Le théâtre c’est un lieu idéal je crois pour ce projet là. »

Marie-Cécile : « Merci Vincent de nous montrer que même face à un mastodonte tels que le Festival d’Avignon,
on peut concrétiser une idée folle et créer des alternatives qui font découvrir d’autres formes de théâtre. Les Petites Formes est un Festival avec de fortes valeurs tant dans l’accueil des compagnies, que des festivaliers et je partage complètement ton avis : le théâtre est un bel outil pour se nourrir des différences en réalisant que nous avons des racines communes qui nous relient et peuvent nous rassembler. Il est maintenant temps de terminer cet épisode. Si j’ai un conseil à donner à tous les festivaliers, donnez-vous la chance de  découvrir cette bulle de créativité que sont les petites formes qui se déroulent au Parc Seguin à Montfavet du 11 au 14 juillet 2019. La navette gratuite se trouve à la Porte Thiers dans Avignon. Foncez-y et sur le trajet pensez à mettre 5 étoiles et vos commentaires à Esperluette sur
Apple Podcasts et vos applications de podcasts préférées. N’oubliez pas également d’écouter toutes les autres nterviews d’Esperluette « en mode festival ». A une prochaine je l’espère-luette évidemment !

 

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